CRITIQUE dans La Liberté du 21 décembre 2004
Une création de Haydn triomphale

Un dernier concert de
l'Avent somptueux, dimanche soir à Villars-sur-Glâne.

L'
 église bondée de Villars-sur-Glâne a fait dimanche soir un accueil triomphal - digne de la première à l'Opéra de Paris en 1799 - à l'oeuvre de Haydn, ainsi qu'au travail des interprètes diri­gés par Philippe Morard lors de ce dernier concert de l'Avent 2004.
Personnalité marquante de la soirée, bien que sa direction sobre et sensible n'ait rien de tape-à-l'oeil, Philippe Morard donne du chef-d'oeuvre de Haydn une version où l'on sent l'intelligence de l'interprète en affinité subtile avec celle du com­positeur. Entouré d'un excellent orchestre, venu de Vienne et de trois solistes hors du commun, l'Ensemble Vocal de Villars-sur-Glâne a fait honneur à cette par­tition colorée, une des plus belles de l'histoire de la musique.

L'INTELLIGENCE DU CHEF

Le Wiener Concert-Verein montre dès l'introduction (la «Représentation du chaos») une sonorité des cordes racée, ner­veuse et suave, un son tout en fi­nesse qui sans doute depuis le temps de Haydn reste l'apanage des Viennois. Cette introduction est un premier exemple de l'in­telligence du chef, que les musi­ciens suivent à la lettre: tout est construit en progressions sub­tiles, jusqu'à l'apparition stupé­fiante de la lumière.
Ainsi l'architecture a de la te­nue, tout au long de l'oeuvre: le chef laisse rayonner la personna­lité de chaque soliste, cisèle avec un plaisir manifeste les petites symphonies de caractère que Haydn réserve ici ou là à l'or­chestre, et tient d'une main ferme les grandes fugues chorales.
Ces fugues donnent à l'œuvre son caractère solennel, construc­tions à la règle que l'Ensemble vocal de Villars-sur-Glâne a très bien préparées et dans lesquelles il donne toute la mesure de sa puissance sonore. Les solistes se­ront sans doute le meilleur sou­venir de cette belle soirée. La so­prano Tatjana Gazdik interprète les airs printaniers et champêtres d'Eve ou de l'archange Gabriel avec dans la voix - délicieux mé­lange - la vivacité de Papagena et le caractère impérieux de la Reine de la Nuit.

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TEL UN AIGLE

Le ténor Daniel Johannsen, parfait évangéliste, fait passer chaque syllabe de son texte sans effort, sa voix se détachant de l'ensemble avec l'aisance d'un aigle. Dans le rôle de l'archange Raphaël, le jeune baryton vien­nois Florian Boesch occupe quant à lui tout le devant de la scène, timbre admirable et versa­tile, sans doute une voix promise à un grand destin.

                                                                                PHILIPPE MOTTET-RIO
 

 
Articles de presse
La Liberté du 21.12.2004

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